Par Suzanne Capiau
William est un acteur-chanteur nigérian qui réside au Royaume-Uni et y travaille régulièrement comme self-employed worker. Il bénéficie de la sécurité sociale britannique.
I. Une coproduction cinéma
Il est engagé dans le cadre d'une coproduction cinéma :
I.1 Les visas et permis de travail
William devra obtenir pour travailler en France et en Tchéquie :
Pour travailler en Belgique pendant 14 semaines, il devra obtenir :
I.2 La sécurité sociale
Pour le travail en France
La nature du contrat français n'étant pas spécifiée, la présomption française de salariat pourrait impliquer son rattachement à la sécurité sociale française. Mais suite à l'arrêt de la CJCE du 15 juin 2006, et en l'absence de lien de subordination entre William et le coproducteur français, on considère, depuis la loi française du 30.01.2008, qu'en tant que prestataire indépendant temporaire, il est détaché. William restera donc rattaché à la sécurité sociale britannique (soins de santé, incapacité, pension etc.) pendant son engagement en France.
En pratique, il demandera donc lui-même à l'institution compétente au R-U le formulaire E 101 attestant un détachement de non-salarié;
On peut sans doute raisonner de façon similaire à ce qui précède dans le cadre de législation tchèque.
Grâce à la carte européenne de soins de santé, William pourra bénéficier tant en France qu'en Tchéquie des soins nécessaires au regard de la durée de son séjour dans ces deux pays.
Pour le travail en Belgique
Exerçant une activité sous contrat de travail en Belgique et indépendante au R-U, William sera rattaché à la sécurité sociale belge pendant les 14 semaines de tournages en Belgique, tant pour le paiement des cotisations sociales que le coproducteur belge devra payer en Belgique, que pour les prestations (soins de santé, incapacité de travail, allocations familiales, pension, etc.)
William doit donc s'affilier pendant 14 semaines à une mutuelle belge dès son premier jour de travail en Belgique et produire un E 104 (maladie) (pour totaliser les périodes d'assurance ou de résidence au R-U) délivré par sa mutuelle britannique. Quid de sa famille restée au Royaume-Uni ? La seule solution : obtenir de sa mutuelle belge un E 106 pour les couvrir au R-U.
S'il tombe malade : le système belge implique une période d'assurance de six mois avant de bénéficier de l'assurance incapacité de travail ; s'il ne peut totaliser une période d'assurance comparable au R-U, il ne sera pas couvert pour ce risque. Idem pour l'assurance chômage.
II. Une tournée en Europe
Merveilleux : après quelques semaines, il est engagé par un théâtre français sous contrat de travail pour une tournée européenne de 5 mois, avec 30 contrats au cachet par représentation pour des représentations à Paris, Barcelone, Milan et Moscou.
II.1 Visa et permis de travail
Pour entrer en France et puisque William est engagé pour plus de 3 mois, il doit être titulaire
Dans certaines conditions prévues par la convention Schengen, William pourra utiliser son visa long séjour pour la France pour séjourner dans les autres Etats de l'espace Schengen pendant une durée maximale de trois mois à compter de sa date initiale de validité. Il devra vraisemblablement, vu sa nationalité nigériane, disposer d'un visa pour pénétrer sur le territoire russe. Son employeur voudra certainement se renseigner pour lui, sauf s'il ne dispose pas de personnel suffisant et motivé...
II.2 Sécurité sociale
On considère dans ce cas qu'il exerce une pluriactivité sur le territoire de plusieurs Etats membres de l'UE : il sera rattaché à la sécurité sociale française pendant cette période de 5 mois.
Il doit s'affilier à une mutuelle française et obtenir de la dernière mutuelle à laquelle il a été affilié (ici une mutuelle belge) un E 104 (maladie) pour totaliser les périodes d'assurance soins de santé et maladie (si la législation française prévoit un stage pour l'accès à ces prestations) et auprès du dernier organisme gérant l'assurance chômage un E 301 (chômage) (dans notre cas l'organisme belge) pour totaliser les périodes d'assurance chômage.
Son employeur français devra payer les cotisations sociales en France. Pour les représentations à Moscou, il devra peut être aussi, en application de la loi russe, payer une deuxième fois des cotisations sociales, parce qu'il n'existe pas de convention bilatérale franco-russe de sécurité sociale, ou passer par un intermédiaire russe. Le fera-t-il ?
Les périodes d'assurance chômage belge et française pourront peut-être permettre à William d'accéder à l'assurance chômage comme intermittent du spectacle, s'il totalise 507 h de travail salarié au cours d'une période de 10 mois et demi. Mais il ne pourra pas en bénéficier en France parce qu'il ne dispose que d'un permis de travail et de séjour provisoire en France. Pourra-t-il faire valoir cette période d'assurance au R-U et bénéficier dans ce pays d'allocations de chômage ? Probablement pas, parce qu'il n'a été ni assuré pour ce risque ni salarié en dernier lieu au R-U...
III. La carrière se poursuit...
Son succès est tel qu'il est engagé pour :
Il devra vérifier si son visa Schengen est toujours valable pour lui permettre de circuler en Italie, Espagne et Allemagne, et ses employeurs italien et allemand, ou lui-même (on n'en sait rien : qu' il se débrouille !) devront accomplir toutes les formalités prévues par chacune des réglementations nationales en vue d'obtenir un permis de travail.
Toutes ces démarches sont à recommencer, inlassablement....
A quelle sécurité sociale sera-t-il rattaché ? Difficile à dire avec certitude tant l'application des règles européennes est difficile et complexe dans les cas atypiques comme celui de William. Dans quel pays ses employeurs devront-ils verser les cotisations sociales ? au R-U ? en Italie ? en Allemagne ? en Espagne ? le feront-ils ?
IV. ...et la vie avance
A 62 ans, âge légal de la pension dans son Etat de résidence devenu la Lettonie, William, usé plus par toutes les démarches administratives, les files d'attente, les erreurs et lenteurs administratives et les problèmes linguistiques que par l'exercice de son métier - qu'il adore -, demande sa pension.
Au cours de sa carrière, il a travaillé dans 17 pays de l'UE et dans 10 autres pays qui n'ont pas de convention bilatérale de sécurité sociale avec un pays européen. Il s'aperçoit que, même s'il peut totaliser toutes les périodes d'assurances dans chaque pays européen :
Il ne lui reste plus qu'à reprendre son activité ...